Sandawe, le Crowdsourcing de la BD
Certes le modèle économique est assez différent, mais voilà une maison d’édition d’un nouveau genre qui va venir faire de la concurrence à Manolosanctis. Sandawe, c’est la dernière astuce de Patrick Pinchart ex rédacteur en chef du journal « Spirou ».
Avec Sandawe, il est proposé aux internautes de devenir coéditeurs de BD. Pour chaque ouvrage, 5500 parts vendues à 10 euros chacune. La barre est donc placée à 55000 euros pour avoir la chance d’être édité chez Sandawe.
Si Sandawe chapote le tout à la manière d’un éditeur traditionnel, il s’approvisionne grâce à trois catégories de personnes. Il y a les auteurs, les édinautes et enfin les pros.
Pour les auteurs, l’avantage est très clair. Le jeune auteur y verra l’interêt de tester son travail, de s’appuyer sur une communauté, de promouvoir sa BD grâce aux édinautes. Il est évident que si une BD ne plait pas à une communauté relativement élargie, il y a peu de chances de parier sur un futur succès en librairie.
Pour les édinautes, situation classique et bien connue déjà chez MyMajor Company. Ils peuvent gagner (un peu) d’argent et en perdre aussi (un peu). Le gain financier reste bien sûr la motivation principale de tout investisseur, mais je doute qu’on puisse se retrouver avec des sommes importantes. Non, l’édinaute est avant tout fan de BD et il placera quelques sous sur des projets qui lui plaisent et qu’il souhaite soutenir. Il n’est pas là pour faire un coup financier mais bien pour assouvir sa passion. Point.
Ensuite, il y a les pros . Là, j’avoue avoir été un peu surpris. Qui sont les pros ? Pour Sandawe, je ne suis pas sûr non plus que la définition soit très claire. Tout est bien détaillé pour les auteurs et les édinautes, mais pour ce qui est des pros cela reste vague. Ils seraient là pour assurer un gage de qualité à l’ensemble de l’édition Sandawe. Une sorte de comité de lecture maquillé ? Non peut être pas. Ce sont les « auteurs confirmés, journalistes et libraires spécialisés ». En fait ce sont tout simplement des édinautes avec une carte de visite. Ils donneront leur avis et forcément comme ils sont pas nés de la dernière pluie ils mettront du cacheton sur ce qu’ils pensent pouvoir être un succès. Espérons juste que les édinautes « classiques » garderont un minimum de liberté dans leurs choix éditoriaux et ne se comporteront pas en simple suiveurs. De toute façon, je vois mal la raison d’être de cette catégorie étant donné qu’un auteur confirmé amoureux de BD finira par se pointer sur le site pour voir un peu ce qui s’y passe.
Pour ce qui est de la présentation du site, c’est du classique. Projets/auteurs/membres/actu. On laissera de coté ce dernier.
Les projets sont classés par « Top » ou par « Nouveautés ». On regrette qu’il n’y ait pas plus de critères de classement, enfin bon. Pour chaque projet il y a une courte présentation (à noter la présentation vidéo plutôt réussie) puis l’avis de l’éditeur, celui des (fameux) pros et enfin l’identité des édinautes. On peut aussi consulter les visuels et les textes de manière séparée. Pour ce qui est de la lecture pure, elle n’est pas forcement très fluide, les pages s’affichant dans une fenêtre externe. Dommage qu’il n’y ait pas un vrai player de qualité.
Ensuite viennent les auteurs et les membres. Ceux qui font la communauté et là c’est une déception, aucun outil vraiment communautaire. Ca reste très, très basique. Dommage que l’équipe dirigeante de Sandawe n’ait pas appuyé un peu plus sur cet aspect là, mais peut être y viendront ils.
Le projet était annoncé depuis un certain temps, la sortie du site est une vraie réussite, la présentation est sympa. D’un point de vue perso, je reste dubitatif sur le chiffre à atteindre à savoir 55000 euros pour une BD, il faut quand même les écouler les 5500 parts, et je suis déçu que l’aspect communautaire ne soit pas (encore) assez développé. De toute façon souhaitons leur une belle réussite dans un projet intéressant mais sur un marché saturé.
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