Droits d’auteur à l’heure du numérique

C’est ce billet publié hier sur ebouquin qui me fait réagir. Comment les éditeurs vont ils bien pouvoir faire face aux soucis qui se rapprochent de plus en plus au fur et à mesure que le numérique renverse tout sur son passage : maintenir les droits d’auteurs aussi bas qu’ils le sont aujourd’hui afin d’assurer leurs marges, satisfaire les lecteurs, les consommateurs, en offrant des livres à prix attractifs etant donné que la chaine du livre se retrouve littéralement broyée et que les intermédiaires et sous traitant ne sont pas aussi nombreux.
- La renégociation des droits d’auteurs:
L’arrivée puissante de l’iPad et de la plateforme de distribution de livres numeriques qui ira avec va contraindre bon nombre d’éditeurs à accélérer leur passage au numérique. Ceux qui ne voulaient pas en entendre parler, qui ne savaient pas comment s’y prendre, qui attendaient des subventions, qui passaient de réunions en réunions pour savoir comment s’organiser, vont bientôt devoir faire face à une réalité : Comment justifier auprès de leurs auteurs un pourcentage ridiculement bas alors que celui ci ne se justifie plus? Comment faire avaler une telle couleuvre à celui qui produit la richesse? Comment lui reverser 10% et garder presque la totalité du reste?
A moins de créer sur le web une très grosse vitrine, un ebook store de référence qui assure une grosse visibilité aux auteurs, je ne vois pas bien. Mais même les 10% se transformeront au bas mot en 40%. Et encore faudrait-il que cette plateforme soit au gout du jour, plus « 2.0″ que « 1.0″, histoire d’attirer les lecteurs. Et dans ces domaines là on connait la résistance des institutionnels à modifier des comportements conservateurs qui font l’image de leur marque. Oui, mais seulement il faut conquérir un nouveau public, il faut donc changer en profondeur sa manière de voir les choses.
Bref, ce n’est pas gagné pour les éditeurs qui, par dessus le marché, vont se retrouver en position de faiblesse face à leurs auteurs mais aussi face aux consommateurs.
- Le prix des livres numériques
Il s’agit là pour les éditeurs de justifier un prix qui, pour certains lecteurs, pourrait sembler abusif. Mettre à disposition un fichier ePub n’a pas le même cout que gérer des stocks de papiers.
Mais quand on connait la position du SNE, ça fait froid dans le dos. A ce rythme là, si les choses ne changent pas, ils vont droit dans le mur. Je sais que cette position était la leur il y a un an deja, ont-ils changé leur façon de voir les choses depuis, je ne sais pas. Si quelqu’un a des infos elles sont les bienvenues.
Il n’en reste pas moins que le SNE presente encore la repartition du cout d’un livre sur son site avec beaucoup de transparence. Pour ma part, avec un ebook, je vois disparaitre totalement ou presque les pourcentages accordés aux détaillants, aux diffuseurs, aux distributeurs et aux fabricants.

Le lecteur informé qui connait cette répartition ne pourra jamais gober qu’on lui vende un fichier ePub aussi cher que le bouquin qui traine sur sa table de chevet! Remarque même celui qui n’est pas informé n’y croira pas. Ce qui pourrait justifier un prix égal pour le numérique à celui du papier serait de présenter une version (très) enrichie en contenus multimedia, des videos, des liens traitant du sujet ou permettant de rebondir, des photos, enfin un livre entièrement connecté dont le temps et le travail passés dessus n’aboutiraient pas à une simple reproduction de sa version papier.
- Les sanctions:
Sans réaction massive et unie des éditeurs qui peuvent s’asseoir sur une partie de leurs marges et chercher d’autres modèles économiques leur permettant de trouver de l’argent, ils risquent de se trouver confrontés à deux mécontents, à savoir l’auteur et le lecteur.
Domaine public : c’est la première sanction et elle est déjà partiellement tombée. La numérisation des livres tombés dans le domaine public est effective et n’importe qui peut télécharger (légalement!) ces fichiers. Les maisons d’édition s’assoient donc sur une manne financière non négligeable et le mouvement ne peut qu’aller crescendo.
Auto édition : c’est une pratique de plus en plus courue depuis les débuts du Web. Un simple site, un blog (mais beaucoup de réseautage) et l’affaire est dans le sac. Il faut tout de même avouer qu’il risque d’y avoir un gros souci de visibilité.
Auto distribution : A la manière d’artistes qui ont réussi à promouvoir leurs premières oeuvres sur iTunes ou MySpace. L’auteur peut très bien, en même temps qu’il tient sa vitrine personnelle, vendre ses livres lui même et se passer des intermediaires qui font qu’à la fin il ne lui reste que 10%.
Concurrence : Oui, tout simplement une bonne concurrence qui permettra à certaines maisons d’édition de s’adapter un peu mieux à ce nouveau marché et qui, elles, sauront proposer des droits d’auteurs attractifs.
Contrats numériques/ contrats papiers : distinguer deux formes de contrat pour un auteur. Il est tout à fait envisageable de voir un auteur s’adresser dans le futur à deux types d’éditeurs. Il aura d’un coté son éditeur traditionnel et de l’autre son éditeur numérique. Avec des pourcentages différents et des prix également différents.
Collectifs d’auteurs : Regroupement d’auteurs au sein de collectifs qui s’organiseront eux mêmes afin d’assurer l’édition et la promotion de livres numériques se passant par là même de toute forme d’éditeurs.
Piratage : C’est « l’arme » du lecteur qui n’ira pas par quatre chemins si il sent qu’on se fout de sa gueule. Il trouvera le moyen de se procurer gratuitement un fichier que certains voudraient lui faire surpayer. En toute illégalité certes mais en toute logique surtout. Et ce jusqu’à ce qu’une offre convenable lui soit proposée.
De toute façon, comme dans toute crise ou plutôt comme dans toute évolution profonde d’une société, il y a ceux qui protestent et ceux qui s’adaptent. Les premiers ne survivent en principe que très peu de temps, les seconds se donnent une autre chance de réussir dans un environnement bouleversé mais avec, à la clé, une donne totalement changée. Les éditeurs feraient bien de s’inspirer de leurs homologues de la musique et ne pas répéter deux fois la même erreur. Enfin une chose est plaisante : l’auteur est replacé au centre de la question.
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Commentaires
4 Réponses à “Droits d’auteur à l’heure du numérique”
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[...] Droits d’auteur à l’heure du numérique [...]
[...] version numérique. Et ce, en toute logique. Je m’étais déjà exprimé sur la question des droits d’auteur à l’heure du numérique, et il me semble que le débat ne fait que commencer. Espérons juste que celui-ci replace [...]
On constate déjà des piratages de livres en PDF, avec les lecteur Sony et Kindle, ça devrait se répandre. Je ne sais pas comment feront les éditeurs pour faire face… à moins que les marges des éditions numériques soient bcp plus hautes ?
De toute façon, cette révolution annoncée ne pourra pas aggraver la situation matérielle des « auteurs ». J’ai, pour ma part, publié chez des éditeurs réputés dont je tairai les noms (certains très connus) car je n’ai pas les moyens financiers pour faire face aux procès qu’ils ne manqueraient pas de m’intenter en diffamation (ou censément). Ils sont riches et disposent d’avocats. Pour ma part, je n’ai pas un rond. Il faut savoir que ces gens-là, qui vivent grassement du travail des autres, ne versent presque jamais de droits d’auteur (au taux pourtant misérable de 7%), sauf si vous êtes un gros vendeur et parce qu’ils ont alors tout intérêt à vous cajoler. Le reste du temps, ils fournissent des chiffres de vente complètement bidon qui bien évidemment les arrangent. Je pourrais même nommer certain éditeur (mais je ne le ferai pas) qui se vante publiquement de ne jamais rétribuer ses auteurs et vit dans un luxe arrogant. Il habite même un château. Les voir se ramasser la gueule me procurerait personnellement le plus grand plaisir. Car visiblement ces gens-là ignorent que l’esclavage a été aboli. Et s’il y a enfin moyen de gagner un peu de cet argent auquel tout travail donne en principe droit, eh bien tant mieux! je ne pleurerai pas sur le sort de ces aigrefins. Vive l’édition numérique! Et tant pis pour le bon vieux livre auquel tout lecteur véritable était très attaché.