Interviews auto-promo : Sylvain Kornowski

sylvain kornowski

Qui est sylvain Kornowski ?

Un homme du doute. Je crois être un écrivain, je pense en mots, je traduis en fiction, je transforme, je modifie la réalité, je la plie, et puis je me dis que je ne le suis pas. Et puis ça recommence. Pareil pour mon identité, je me dis que je pourrais me définir aussi comme Juif, fils de déporté. Et puis, je me demande ce que c’est qu’un Juif, je me dis que j’en suis un, puis que je n’en suis pas un, et ça recommence. J’ai quand même des certitudes : sens de la famille, sens de l’amitié. Trois enfants, une femme artiste-peintre, des amis fidèles depuis plus de 25 ans. Un homme pétri de doutes mais pas fragile pour autant.

Bon, on dirait que je suis tombé sur un compliqué, pas étonnant que j’ai flashé sur tes manuscrits ! (rires).
Dans « A la vitesse de la lumière » (Acte Sud 2006) Javier Cercas donne la définition suivante de l’écrivain : « c’est aussi un type qui se pose des problèmes on ne peut plus complexes et qui, au lieu de les résoudre comme le ferait n’importe quel individu sensé, les rend plus complexes encore ».
Elle a l’air de t’aller comme un gant cette définition, non ? Même si un écrivain qui n’a jamais rien publié, ça peut paraître antinomique… Allez hop, même pas peur, je me lance dans une radioscopie de ton travail : Quels sont tes rapports à l’écriture ? Et par extension à l’édition ?

Oh que oui, je l’aime bien, cette citation !!

Alors, je vais essayer d’être ordonné dans mes réponses. Parce qu’il y avait bien là deux questions différentes…

D’abord, mon lien à l’écriture.

Un vieux lien, qui se détend parfois mais qui ne se casse jamais véritablement. Vieux comme mes 6 ou 7 premières années, où j’ai appris à lire, où j’ai découvert les romans du Club des Cinq ou des Six Compagnons (La bibliothèque verte), et où je me suis dit : mon gars, t’es fait pour ça ! Raconter des histoires, emmener des lecteurs-trices dans un univers qui n’est pas là, mais dans la tête et dans les mots !!

Ça, c’est pour l’origine…

Ensuite, au quotidien, je vais être amené à établir une comparaison avec un univers particulier, je veux dire pour le processus créatif de mon écriture. Ma plume fonctionne comme un sexe d’homme. On va la faire plus imagé : je peux ne pas écrire pendant des mois, mais mes couilles créatives se gonflent. Et à un moment ou un autre, faut que ça sorte !!! C’est pour ça que, bien souvent, dans ma tendre jeunesse, pour mes premiers romans, ils sont écrits d’un seul jet (la métaphore est filée, tu remarques ?)… Avec l’âge, je construis plus, je mature le propos, mais quand ça doit venir, ça ne peut pas attendre… Et du coup, ça me permet de faire le lien avec l’édition.

Parce que, si écrire, c’est comme baiser, ne pas être édité, c’est comme se masturber. Ça peut avoir du sens, mais ça n’apporte rien. Alors que, lorsqu’on a des lecteurs, des lectrices, c’est un acte de communion, pour moi. Une bonne baise. Je veux bien qu’on me dise que je baise mal, ça ne me dérange pas, j’apprends, je modifie, je retourne au turbin, je travaille, j’approfondis (je file la métaphore, tant qu’à faire)… Alors, voilà, ne pas être édité, c’est comme me couper les couilles. J’ai beau bander, ça ne fera pas de petits Kornowski… Tandis que voir mes bouquins sur la toile, sur un linéaire, ça me fera bander, et en plus, ça fera couler de l’encre et ériger les imaginaires de mon lectorat…

Fallait pas me demander ça, aussi, t’es drôle, toi !!

Les guerriers au repos

J’aime bien poser deux questions à la fois parce que la réponse sera forcément moins linéaire. Comme ça, le lecteur aura moins impression d’être sur le blog d’un éditeur qui fait sa petite promo l’air de rien. Mais t’as bien rattrapé le coup avec ta métaphore sexuelle, tu as remis la discussion sur les rails de ce qui fait lire. Alors, j’ai envie de te demander quels sont, pour toi, les rapports qu’entretiennent le sexe et la littérature. Autrement dit, « les guerriers au repos » sont-ils la cinquante et unième nuance du gris ? Svetlana, est-elle la prochaine belle ? À moins qu’elle ne soit la prochaine bête ? À quoi doit s’attendre le lecteur avec ton roman ?

Une chose est sûre : Svetlana est une femme belle, mais elle n’est pas un fantasme. C’est, selon moi, ce à quoi peut tendre la littérature. Je m’explique : derrière les apparences se cache quelque chose qui ressemble à une autre apparence, et derrière ce paravent se cache encore une couche de faux-semblant, et il faut creuser pour atteindre quelque chose qui ressemble à la vérité. C’est ce que Henrik Ibsen, dans son Peer Gynt, appelle le syndrome de l’oignon, des tonnes de peau, et pas de coeur, pas de centre… Mes romans essaient d’enlever les pelures, de creuser les apparences. Et quoi de mieux pour creuser les apparences que d’aller dans le lit des protagonistes.

La sexualité est l’une des actions sur laquelle des centaines d’années de répression sociale a imposé le plus de secrets. En savoir plus sur la sexualité des uns et des autres, c’est savoir qui est véritablement la personne concernée. Je dirais même que le lien entre un être social et ses orientations professionnelles est guidé par sa sexualité, ce qu’il souhaite en dire, en cacher. Si tu es une nonne, que cherches-tu à masquer ? Qui cherches-tu à éteindre ? Si tu es une star du X, qui cherches-tu à exhiber pour qu’on ne s’intéresse pas à ce que tu es vraiment…?

Les apparences sont dynamitées dans la sexualité. Durant la sexualité et dans la sexualité.

Alors, j’ai fait se confronter une femme magnifique, qui le sait, et des amis guidés par une fidélité affective qu’ils croyaient résistante. Mais comment ça fonctionne, une amitié entre hommes ? Pourquoi ? Comment ça fonctionne, une femme qui se sait belle ? Comment elle transforme son corps en outil politique pour obtenir ce qu’elle veut ?

Svetlana, libérée, libre, se confronte à quatre hommes qui ont choisi leurs chaînes (femmes, amis, métiers). Comment ça résiste, quatre hommes liés par une amitié sincère, à une femme qui les dépoile, autant au-dedans qu’au-dehors…?

Hum, arrête, tu vas me donner envie de lire ton bouquin. Et si j’avais été éditeur, je l’aurais publié (rires).
Cependant, je propose que nous quittions ce terrain, afin de laisser le lecteur trouver seul la réponse aux questions que tu te poses, pour revenir à ta métaphore sexuelle de l’édition : Pour toi, y a-t-il une hiérarchie entre l’édition papier (top bonne meuf…) et l’édition numérique (se taper un thon, déflorer une vierge…) ? Et l’auto-édition dans tout ça, quelle pourrait être sa place ? Tu n’as jamais été tenté ? Enfin, tu vois le genre de baratin…

Je crois que tu as bien aimé cette métaphore, alors je vais la filer :

- l’édition papier, c’est un peu comme la plus belle et la plus institutionnelle des michetonneuses, les écrivains ne demandent qu’à bénéficier de ses services qui te font briller en société, parler de toi, elle t’introduit dans les milieux autorisés, tu côtoies des personnes influentes qui t’amènent plus de lecteurs encore… Aujourd’hui, les jeunes appelleraient ça une MILF, ou une Cougar… Elle est bonne, et il faut vraiment être dans ses petits papiers (autre métaphore, tiens !) pour bénéficier de ses faveurs. Elle a besoin de toi comme toi d’elle, mais si tu ne la combles pas, elle saura dire du mal de toi, et ruiner ta belle réputation…

- l’édition numérique, c’est un peu comme la nouvelle, la jeune, à la limite celle qui vient de l’Est (une Svetlana, si tu veux !), mais pour lui faire la cour, pour faire quoi que ce soit avec elle, c’est latex, virtuel, c’est pas super bien vu, mais bon, c’est aussi une question de concurrence, la vieille bonne voit d’un mauvais oeil cette nouvelle michto qui vient lui bouffer des clients qu’elle n’aurait pas accepté de toute façon…

- l’auto-édition, c’est comme la masturbation, pour moi. Les filles (les autres éditeurs) sentent bien que tu n’as pas besoin d’elles parce que tu te contentes de toi-même… Va te vendre aux filles dans ces conditions !!!!!

A ton avis que vaut-il mieux ? Se maquer avec une vieille qui a du fric et de l’expérience, ou s’enticher d’une jouvencelle qui a tout à apprendre ? Tu peux répondre franchement, je ne suis pas jaloux… en plus, j’ai lu Nabokov et Sollers… (rires).

En fait, c’est une question de trique et de patience…

Si t’es là, avec ta trique qui te démange, mieux vaut faire efficace, et rejoindre les petites jeunettes qui te font du gringue. Elles ne prétendent pas qu’elles vont bouleverser ton esprit, elles ne prétendent rien, mais toi et ta trique, vous matez du coin de l’oeil les autres gringalets, la trique à l’air, fière et toute lavée, qui sont maqués chez la vieille MILF…

Et puis la vieille Cougar, elle a beau t’ignorer, elle ne veut pas louper un marché qui lui fait de l’ombre, qu’elle méprise mais qu’elle ménage, alors elle a aussi ses petites jouvencelles, mais elle ne veut pas de toi…

Et chaque écrivain est convaincu que sa trique tiendra plus longtemps que celle du voisin…

Nabokov, lui, il avait la trique multicolore, un vrai papillon !!!! (rires)

Bon, ben, je crois qu’on a fait le tour de la question. En tout cas, maintenant, le lecteur a toutes les raisons de lire ou ne pas lire Sylvain Kornowski. Et tant pis si l’on a fait fuir les plus farouches, car comme on dit chez nous : « Quitte à être peu lu autant être bien lu ». D’accord ?

Y’a une question, là…? (rires).

Note : Des extraits des manuscrits de Sylvain sont disponibles sur le Big blogowski.

Billets similaires, enfin normalement :

Partagez ce billet sur:

  • Print
  • email
  • Digg
  • del.icio.us
  • Google Bookmarks
  • Technorati
  • viadeo FR
  • LinkedIn
  • MySpace
  • Facebook
  • Twitter
  • FriendFeed
  • Yahoo! Buzz
  • Wikio
  • Netvibes
  • RSS

Commentaires

Laisser une Réponse